Un média britannique vient relancer un vieux débat. Il affirme que la Commission européenne prépare un dispositif capable de réduire automatiquement la vitesse d’une voiture par satellite. Bruxelles n’a publié aucun communiqué officiel, mais plusieurs médias internationaux ont repris l’information depuis fin juin. Ce système couperait la puissance du véhicule, contrairement à l’assistant de vitesse obligatoire depuis 2024, qui alerte seulement.

D'après le Daily Mail, Bruxelles finirait par limiter directement la puissance du moteur grâce à la position transmise par satellite, de façon à empêcher physiquement tout dépassement de la limitation autorisée - ©FUN FUN PHOTO / Shutterstock
D'après le Daily Mail, Bruxelles finirait par limiter directement la puissance du moteur grâce à la position transmise par satellite, de façon à empêcher physiquement tout dépassement de la limitation autorisée - ©FUN FUN PHOTO / Shutterstock

Depuis le 7 juillet 2024, le règlement européen 2019/2144 impose l’assistant intelligent de vitesse, l’ISA, sur toutes les voitures neuves vendues dans l’Union européenne. Grâce à une caméra placée derrière le pare-brise, le système détecte les panneaux de signalisation. Il compare ensuite cette information à une carte numérique des limitations, à partir de la position transmise par un récepteur GPS. En cas de dépassement, le conducteur est prévenu par une alerte sonore ou visuelle. Il garde le contrôle de l’accélérateur et peut désactiver le système à chaque démarrage. Mais d’après le Daily Mail, la Commission Européenne souhaite confier ce contrôle aux satellites pour l’après-2030. Selon une source proche du dossier , le système actuel ne serait qu’une étape intermédiaire. Bruxelles finirait par limiter directement la puissance du moteur grâce à la position transmise par satellite, de façon à empêcher physiquement tout dépassement de la limitation autorisée.

Si la question mérite débat, voyons comment fonctionnerait ce dispositif et s’il serait transposable.

Le satellite ne pilote pas directement la vitesse de la voiture

Le récepteur GPS embarqué, ou son équivalent européen, Galileo, capte un signal de position émis par le satellite. Le système embarqué du véhicule compare ensuite ces coordonnées à une carte numérique des limitations de vitesse, mise à jour par le constructeur ou l’éditeur cartographique. Une caméra installée derrière le pare-brise détecte, en parallèle, les panneaux de signalisation présents sur la route et apporte une information supplémentaire au calcul. Lorsque la carte et le panneau affichent des valeurs différentes, le règlement délégué 2021/1958 établit que le système retient l’indication du panneau physique. La décision finale revient au calculateur embarqué du véhicule, jamais au satellite, qui orbite à plus de 20 000 kilomètres d’altitude et ignore tout du résultat de ce calcul.

Plusieurs médias ont repris l’enquête du Daily Mail, parmi lesquels le britannique The Telegraph, l’américain InsideEVs et le néerlandais Cybernews. Cette reprise touche plusieurs continents et plusieurs rédactions indépendantes, alors même que la Commission européenne n’a confirmé aucun projet par la voie officielle. Notre confrère Automobile Propre et le quotidien belge La DH ont également relayé cette piste en France et en Belgique.

Le récepteur GPS embarqué, ou son équivalent européen, Galileo, capte un signal de position émis par le satellite - ©Spech / Shutterstock
Le récepteur GPS embarqué, ou son équivalent européen, Galileo, capte un signal de position émis par le satellite - ©Spech / Shutterstock

Les tests d’un laboratoire de sécurité routière britannique signalent des erreurs de lecture

Le laboratoire britannique Thatcham Research, spécialisé dans les tests de sécurité automobile, a testé plusieurs véhicules équipés de l’ISA en conditions réelles. Le modèle le moins performant affiche une précision de 91,3 % lorsque la mesure porte sur la distance parcourue, contre seulement 74,3 % lorsque la mesure porte sur chaque changement de limitation, soit une erreur sur quatre environ à cet instant précis. Le modèle le plus performant atteint 98,39 % de précision sur la distance, contre 90,3 % au moment des changements de limitation. Une entrée en zone limitée à 20 miles par heure, soit environ 32 kilomètres par heure, pourrait déclencher une réduction brutale de vitesse si le système retenait une limitation erronée, plutôt que de simplement alerter le conducteur.

Richard Holden, porte-parole du Parti conservateur britannique pour les Transports, met en garde contre un risque de piratage informatique du dispositif et exprime des doutes sur la fiabilité technique ainsi que sur la protection des données de localisation des conducteurs. Le ministère britannique des Transports affirme, de son côté, n’avoir aujourd’hui aucun projet d’introduire cette technologie au Royaume-Uni.

Entre 40 % et 60 % des automobilistes dépassent aujourd'hui la limitation autorisée, selon la Commission européenne. 46 % des conducteurs de véhicules neufs équipés de l’ISA désactivent le système, d’après un test britannique. 54 % le laissent actif.

En l’état actuel, donc, rien ne permet d’affirmer la mise en place d’un tel dispositif. Il serait d’ailleurs pour l’heure techniquement bancal. Seul ISA, déjà en place, pourrait être modifié pour freiner les véhicules.

Et puis sommes-nous prêts, automobilistes, à nous voir privés de la liberté de décision lorsque nous sommes au volant ? Appuyer sur l’accélérateur au mépris des dangers des excès de vitesse, première cause des accidents mortels sur nos routes, est-ce que cela compte plus que la protection des autres usagers ? L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 317 personnes, et rien qu’en mai 2026 ont été tuées, pour 305 en mai 2025, soit 12 tués de plus (+4 %).